King Kong Theorie, Virginie Despentes

J’écris de chez les moches, pour les moches, les vieilles, les camionneuses, les frigides, les mal baisées, les imbaisables, les hystériques, les tarées, toutes les exclues du grand marché à la bonne meuf. Et je commence par là pour que les choses soient claires : je ne m’excuse de rien, je ne viens pas me plaindre. Je n’échangerais ma place contre aucune autre, parce qu’être Virginie Despentes me semble être une affaire plus intéressante à mener que n’importe quelle autre affaire.

Virginie Despentes, écrivaine et réalisatrice, sort son premier roman, Baise-Moi, en 1993. Scandale. Elle poursuit sa carrière de romancière jusqu’en 2006, où elle publie King Kong Theorie, un essai autobiographique, à propos de la domination masculine. Elle y parle de violence sexuelle de prostitution, de pornographie, du traitement médiatique des femmes, de l’injonction à la féminité, etc, sous le prisme de sa propre expérience. Despentes écrit comme elle parle : un langage cru, brutal, à l’image de son vécu. Elle ne s’excuse pas, n’hésite pas à insulter les cons, elle gueule, parce qu’il faut gueuler. Par ce livre, elle prend le pouvoir, et nous en donne un peu, à nous, lectrices.

Les femmes autour de moi gagnent effectivement moins d’argent que les hommes, occupent des postes subalternes, trouvent normal d’être sous-considérées quand elles entreprennent quelque chose. Il y a une fierté de domestique à devoir avancer entravées, comme si c’était utile, agréable ou sexy. Une jouissance servile à l’idée de servir de marchepieds. On est embarrassées de nos puissances. Toujours fliquées, par les hommes qui continuent de se mêler de nos affaires et d’indiquer ce qui est bon ou mal pour nous, mais surtout par les autres femmes, et le discours courant. Il faut minorer sa puissance, jamais valorisée chez une femme : “compétente” veut encore dire “masculine”.

Despentes Virginie, King Kong Theorie, Grasset, Paris, 2006

L’ouvrage est disponible à la Galerne, dans les médiathèques du Havre, ou dans ma bibliothèque.

Leave a Reply